Presses Universitaires de Vincennes

Chanter la Croisade albigeoise
  • Auteur(s) : Collectif
  • Revue : Médiévales
  • Nombre de pages : 210
  • Langues : Française
  • Paru le : 06/09/2018
  • EAN : 9782842928377
  • Caractéristiques
    • Support : Livre broché
    • ISSN : 0751-2708
    • CLIL : 3386 Moyen Age
    • ISBN-10 : 2-84292-837-7
    • ISBN-13 : 978-2-84292-837-7
    • EAN-13 : 9782842928377
    • Format : 160x240mm
    • Poids : 396g
    • Illustrations : Non
    • Édition : Première édition
    • Paru le : 06/09/2018
    •  
    • Support : PDF
    • ISBN-13 : 978-2-84292-838-4
    • EAN-13 : 9782842928384
    • Taille : 18 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Non
    • Paru le : 06/09/2018
    •  

Chanter la Croisade albigeoise

N° 74/2018

La Chanson de la Croisade albigeoise, geste épique composée en langue d’oc au XIIIe siècle, rapporte les expéditions menées entre 1208 en 1219 contre les hérétiques du comté de Toulouse.

Ses deux auteurs, qui se sont succédé, offrent des points de vue différents sur cette histoire, ce qui a contribué à l’instrumentalisation dont la Chanson fit l’objet lors de sa redécouverte au XIXe siècle. L’étude des figures de Simon de Montfort ou du prince Raymond (VII) de Toulouse, celle du récit du siège de Marmande, montrent le profond renouvellement des lectures actuelles de ce texte.

Coordinateur(s) du numéro :
Katy Bernard |

Auteur(s) :
Vladimir Agrigoroaei |
Katy Bernard |
Frédéric Boutoulle |
Estelle Doudet |
Sandrine Lavaud |
Isabella Lazzarini |
Laurent Macé |
Philippe Martel |
Marjolaine Raguin-Barthelmebs |
Charles West

SommaireRésuméAbstractExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Cathares | Catholicisme | Chanson | Chant | Croisade | de Montfort (Simon) | de Tulède (Guillaume) | Diplomatie | Diplomatie médiévale | Innocent III | Littérature médiévale | Marmande | Moyen Âge | Mythes | Négociation

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Sommaire

Introduction

Katy Bernard
La Chanson de la Croisade albigeoise

 

Sandrine Lavaud
La fabrique historiographique et mythographique de la Croisade albigeoise (XIXe-début XXe siècle)

Philippe Martel
Éditer et traduire la Canso de la Croisade albigeoise : les pionniers du XIXe siècle

Marjolaine Raguin-Barthelmebs
Quand la chanson de croisade se compose en cycle. Expériences d’écritures françaises et occitanes

Katy Bernard
Simon de Montfort, héros tragique de la Chanson de la Croisade albigeoise : Quand le Continuateur anonyme de Guillaume de Tudèle fait du pape Innocent III l’artisan de la mort de Montfort

Laurent Macé
La mortz o la terra.
Jeunesse et légitimité dynastique dans le chant de l’Anonyme

Frédéric Boutoulle
Les trois sièges de Marmande

Essais et recherches

Vladimir Agrigoroaei
Hermogènes le rhéteur et Bohémond le bâilleur. Échos de l’École de Hereford dans l’Ipomedon de Hue de Rotelande

Isabella Lazzarini
À propos de diplomatie médiévale : pratiques, modèles et langages de la négociation en Italie (XIVe-XVe siècles)

Points de vue

Estelle Doudet
L’histoire est une littérature médiévale

Charles West
Quelle place pour l’ecclesia dans l’Europe médiévale ?

 

- Notes de lecture
- Livres reçus

Résumé

Sandrine Lavaud
La fabrique historiographique et mythographique de la Croisade albigeoise (xixe-début xxe siècle)
 

Cette contribution souhaite fournir à la redécouverte de la Chanson de la Croisade albigeoise, telle qu’analysée par Philippe Martel, le cadre historiographique dans lequel elle s’inscrit. « Siècle de l’histoire », le xixe, fondateur pour la discipline qui s’érige en science autonome, passe aussi pour être un grand siècle pour les cathares, devenus objet d’histoire, avec de nombreuses monographies et éditions de sources. Mais, effet pervers de cet engouement qui a gagné un grand public féru de Moyen Âge, le siècle est aussi celui du mythe, de la fabrique du légendaire et de l’instrumentalisation de la Croisade albigeoise à des fins tant politiques et nationalistes que culturelles et religieuses, jusqu’à intéresser l’occultisme.
Mots clés : cathares, catharisme, Chanson de la Croisade albigeoise, Croisade albigeoise, Guillaume de Tudèle, historiographie, mythographie.

 

Philippe Martel
Éditer et traduire la Canso de la Croisade albigeoise : les pionniers du xixe siècle

Cette contribution traite des circonstances et des conséquences de la redécouverte de la Chanson de la Croisade albigeoise de Claude Fauriel à Eugène Martin-Chabot, en passant notamment par François Raynouard, Jean Bernard Mary-Lafon, Georges Guibal et Paul Meyer. Elle insiste principalement sur le contexte de la redécouverte du texte en ses manuscrits, de ses premières mentions, éditions, traductions et commentaires.
Mots clés : auteur, Chanson de la Croisade albigeoise, édition, Guillaume de Tudèle, manuscrits, historiographie, traduction.



Marjolaine Raguin-Barthelmebs
Quand la chanson de croisade se compose en cycle. Expériences d’écritures françaises et occitanes
  

La présente contribution propose une réflexion sur les processus de cyclisation de l’écriture des chansons de croisade épiques. S’intéressant d’abord au corpus français bien connu pour étudier ensuite celui plus confidentiel de langue occitane, l’auteure propose d’identifier un cycle épique de la croisade en langue d’oc composé des trois textes de la Canso d’Antioca, de la Chanson de la Croisade albigeoise, et du Poème de la guerre de Navarre. Elle en étudie les modalités propres de constitution, soulignant les spécificités de ces écritures occitanes au regard des connaissances de la cyclisation d’un cycle analogue en français ; insistant pour le cas occitan sur le rôle central du texte de la Chanson de la Croisade albigeoise dans ses deux parties.
Mots clés : Chanson d’Antioche occitane, Chanson de la Croisade albigeoise, chansons de croisade épiques, écriture cyclique, Guilhem Anelier, Guilhem de Tudela/Guillaume de Tudèle, Poème de la guerre de Navarre.

 

Katy Bernard
Simon de Montfort, héros tragique de la Chanson de la Croisade albigeoise : quand le Continuateur anonyme de Guillaume de Tudèle fait du pape Innocent III l’artisan de la mort de Montfort

Quand, dans la Chanson de la Croisade albigeoise, la pierre vient ôter la vie à Simon de Montfort, elle semble être le point ultime d’un déroulement inéluctablement orchestré par la Providence divine depuis le concile du Latran. Par la mise en scène du pape Innocent III pratiquant la bibliomancie et un jeu subtil de répétitions et de résonances au cœur du texte, le Continuateur anonyme fait du concile du Latran le point où le destin de Simon de Montfort bascule : quoique bras armé de l’Église et, dans les faits, favorisé par elle, il est montré comme étant désavoué de Dieu et du pape au profit des Raymond de Toulouse. Dès lors, l’Anonyme met en place un conflit inextricable entre la volonté de la Providence divine, celle des représentants de l’Église et celle de Simon de Montfort, offrant à ce dernier l’envergure d’un héros tragique.
Mots clés : bibliomancie, Chanson de la Croisade albigeoise, Innocent III, pape, prophétie de Merlin, Simon de Montfort.

 

Laurent Macé
La mortz o la terra
. Jeunesse et légitimité dynastique dans le chant de l’Anonyme  

Le Continuateur anonyme de la Canso accorde dans son œuvre une belle place aux jeunes princes méridionaux. Parmi eux, le fils du comte de Toulouse, le futur Raymond VII, apparaît comme la figure principale. Mais gravitent autour de lui d’autres fils, celui du comte de Foix et celui du comte de Comminges. Ces jeunes gens incarnent un espoir fort : celui d’une relève politique, non entachée par les soupçons de sympathie à la cause hétérodoxe ; celui aussi du maintien d’un Paratge qui serait menacé par les agissements des « Français » et du clergé. En cela, l’auteur ne fait que développer un thème cher aux troubadours de son temps.
Mots clés : Bernard de Comminges, Chanson de la Croisade albigeoise, jeunesse, héritage, Paratge, Raymond VII de Toulouse, Roger Bernard de Foix.

 

Frédéric Boutoulle
Les trois sièges de Marmande

Le siège et la prise de Marmande (1218-1219) constituent un événement majeur de la Croisade, aux portes de l’Agenais et de l’Aquitaine sous l’obédience des rois d’Angleterre. Cette étude s’attache à mettre en relation le récit qu’en donne la Chanson avec les sources contemporaines et à mieux situer cet épisode sanglant dans le contexte des rivalités entre Raimondins et Plantagenêts.
Mots clés : Chanson de la Croisade albigeoise, Croisade albigeoise, guerre, Louis VIII, Marmande, ville.

 

Vladimir Agrigoroaei
Hermogène le rhéteur et Bohémond le bâilleur. Échos de l’École de Hereford dans l’Ipomedon de Hue de Rotelande

L’Ipomedon de Hue de Rotelande reprend des thèmes et des motifs d’autres textes littéraires, mais il demeure esthétiquement singulier. Le présent article observe que les noms de deux personnages de ce roman parodique en vers de la fin du xiie siècle (le roi « Hermogenés » et le chien « Baailemunt ») constituent des allusions aux textes ou aux histoires ayant des auteurs ou des protagonistes en Italie du Sud. Ces échos sud-italiques seraient dus au fait que l’auteur du roman vivait dans le voisinage de Hereford, à une époque où les clercs de cette ville entretenaient des contacts avec le milieu savant de l’Italie méridionale.
Mots clés : anglo-normand, Hereford, Hermogène de Tarse, Hue de Rotelande, Ipomedon, Italie du Sud, onomastique.

 

Isabella Lazzarini
À propos de diplomatie médiévale : pratiques, modèles et langages de la négociation en Italie (xive-xve siècles)

Cet essai se concentrera sur la pratique diplomatique italienne au début de la Renaissance. Depuis le xixe siècle, les politiques italiennes ont fourni d’excellentes études de cas pour ce qui concerne la théorie associant les débuts de la diplomatie permanente et l’émergence d’ambassadeurs résidents dans le processus de construction de l’État. Cependant, au cours des dernières décennies, ce grand récit a été profondément revisité. Les réseaux de communication et de négociation à plusieurs niveaux, la collecte d’informations et la rédaction de lettres sont au cœur d’une telle révision et sont de plus en plus considérés comme les principales caractéristiques d’une « nouvelle » diplomatie, fondée sur le développement de réseaux de communication où les conflits étaient réglés par le moyen de multiples interactions afin de construire une légitimité sur une reconnaissance pragmatique réciproque.
Mots clés : ambassadeur, communication, diplomatie, information, Italie, lettres, Quattrocento.

 

Estelle Doudet
L’histoire est une littérature médiévale

Mots clés : écriture de l’histoire, fiction, histoire, historiographie, littérature

 

Charles West
traduit de l'anglais par Alban Gautier
Quelle place pour l’ecclesia dans l’Europe médiévale ?

Mots clés : communauté, cimetière, Église, ecclesia, espace, territorialisation.

Abstract

Sandrine Lavaud
The Historiographic and Mythographic Fabric of the Albigensian Crusade (Nineteenth-Early Twentieth Century)

The aim of this paper is to situate the rediscovery of the Song of the Albigensian Crusade, as analyzed by Philippe Martel, within the broader historiographical context. As the “century of history,” the nineteenth century saw the discipline emerge as a science in its own right. It was also the century in which the Cathars became a subject of serious historical research, with a large number of monographs and critical editions of primary sources. But the widespread public enthusiasm for all things medieval also had a perverse effect, nurturing legends and seeing the Albigensian Crusade utilized for political, nationalist, cultural, and religious purposes, with even some occultists getting in on the act.
Keywords : Albigensian Crusade, Albigensian Crusade Song, catharism, cathars, historiography, mythography.

 

Philippe Martel
Editing and Translating the Canso of the Albigensian Crusade: The Pioneers of the Nineteenth Century

This contribution focuses on the circumstances and consequences of the rediscovery of the Song of the Albigensian Crusade from Claude Fauriel to Eugène Martin-Chabot, via François Raynouard, Jean Bernard Mary-Lafon, Georges Guibal and Paul Meyer among others. Particular emphasis is placed on the context in which the text and its surviving manuscripts were rediscovered, as well as the first references, editions, translations, and commentaries.
Keywords : author, Albigensian Crusade Song, edition, Guillaume de Tudèle, historiography, manuscript, translation.

 

Marjolaine Raguin-Barthelmebs
When the Crusade Song is Composed in Cyclic Form. French and Occitan Experiences of Writing

This paper considers the process of cyclic writing in epic crusade songs. Examining first the well-known French corpus, and then the more unfamiliar Occitan texts, the author proposes to identify an Occitan Crusade cycle composed of three texts: the Occitan Canso d’Antioca, the Albigensian Crusade Song, and the Navarra War Poem. She studies how this cycle is formed and by which critical criteria it can be identified. She stresses the specificities of this Occitan corpus and its cyclization in comparison to the French one, highlighting the pivotal role that the two parts of the Albigensian Crusade Song had in establishing the Occitan Crusade cycle.
Keywords : Albigensian Crusade Song, cyclic form, epic crusade songs, Guilhem Anelier, Guilhem de Tudela/Guillaume de Tudèle, Navarra War Poem, Occitan Canso d’Antioca

 

Katy Bernard
Simon de Montfort, Tragic Hero of the Song of the Albigensian Crusade: When the Anonymous Continuer of Guillaume de Tudèle’s Work Makes Pope Innocent III the Architect of Montfort's Death

When the fateful (and fatal) rock comes down on Simon de Montfort in the Song of the Albigensian Crusade, it appears to be the culmination of an ineluctable series of events orchestrated by divine Providence since the council of the Lateran. By depicting Pope Innocent III engaging in bibliomancy, and introducing a subtle web of repetitions and resonances running through the text, the anonymous author of the continuation identifies the council of the Lateran as the tipping point of Simon de Montfort’s destiny: despite acting as the military representative of the Church, and thus supposedly operating with its favor and support, he is shown to be abandoned by both God and the Pope in favor of Raymond de Toulouse. From this starting point the author establishes an inextricable conflict between the will of divine Providence, the will of the Church and the will of Simon de Montfort, elevating the latter to the role of tragic hero.
Keywords : bibliomancy, Innocent III, Pope, prophecy of Merlin, Simon de Montfort, Song of the Albigensian Crusade.

 

Laurent Macé
La mortz o la terra.
Youth and Dynastic Legitimacy in the Anonymous Song

The anonymous author of the continuation to the Canso devotes considerable attention to the young southern princes. The son of the Count of Toulouse, the future Raymond VII is foremost amongst them, but he is surrounded by other aristocratic scions including the sons of the Count of Foix and the Count of Comminges. These young princes embody a powerful sense of hope: hope in a new era of politics untainted by suspicions of sympathy for the heretics, and hope in the survival of a tradition of paratge presented as being under threat from the “French” and the clergy. In this respect, the author is simply expanding upon a theme already popular with contemporary troubadours.
Keywords : Bernard of Comminges, heritage, paratge, Raymond VII of Toulouse, Roger Bernard of Foix, Song of the Albigensian Crusade, youth.

 

Frédéric Boutoulle
The Three Sieges of Marmande

The siege and capture of Marmande (1218-1219) was a major development in the Crusade; the surrender of a town within easy reach of Agen and the English-controlled Duchy of Aquitaine. This paper aims to draw connections between the account included in the Song and other contemporary sources, situating this bloody episode within the broader context of the rivalry between Raymond’s supporters and the Plantagenets.
Keywords : Albigensian Crusade, Louis VIII, Marmande, Song of the Albigensian Crusade, town, war.

 

Vladimir Agrigoroaei
Hermogenes the Rhetorician and Bohemond the Yawner. Echoes from the Hereford School in Hue de Rotelande’s Ipomedon
 

The romance of Ipomedon by Hue de Rotelande borrows certain themes and motifs from other literary texts, all the while remaining aesthetically unusual. This article notes that the names of two characters in this late twelfth-century verse parody (the king “Hermogenes” and the dog “Baailemunt”) constitute allusions to texts or stories with authors or protagonists in southern Italy. These southern Italian echoes are due to the fact that the author of the novel lived close to Hereford, at a time when the clerics of this city maintained contacts with the academic circle of southern Italy.
Keywords : Anglo-Norman, Hereford, Hermogenes of Tarsus, Hue de Rotelande, Ipomedon, onomastics, Southern Italy.

 

Isabella Lazzarini
On Medieval Diplomacy: Practices, Models, and Languages of Negotiation in Italy (Fourteenth-Fifteenth Centuries)

This essay will focus on Italian diplomatic practice in the early Renaissance. Since the nineteenth century, Italian polities have provided excellent case studies for the theory associating the beginnings of permanent diplomacy and the emergence of resident ambassadors with the process of state-building. However, over the last few decades this grand narrative has been heavily revised. Multilayered communication and negotiation networks, information gathering, and letter-writing are at the heart of such a revision, and have been increasingly seen as the major features of a “new” diplomacy based on the development of communication networks through which conflicts were dealt with by way of multiple interactions in order to build legitimacy around pragmatic reciprocal recognition.
Keywords :  ambassador, communication, diplomacy, information, Italy, letters, Quattrocento.

 

Estelle Doudet
History is a Mediaeval Literature

Keywords : fiction, historiography, history, literature, story.

 

Charles West
The Place for the Ecclesia in Medieval Europe
Keywords : cemetery, Church, community, ecclesia, space, territorialisation.

Extrait(s)

Introduction

Katy Bernard
La Chanson de la Croisade albigeoise

Ce dossier thématique de la revue Médiévales est consacré à la Chanson de la Croisade albigeoise – la Canso – écrite en langue d’oc au XIIIe siècle[1]. Composée de 9’582 vers[2] répartis en 214 laisses, elle relate, ainsi que l’indique son titre, l’expédition croisée qui eut lieu principalement sur les terres des comtes de Toulouse et de leurs vassaux et voisins afin d’éradiquer l’hérésie dite « cathare » ou « albigeoise » qui s’y était développée. De ces faits historiques dont elle est contemporaine, la Chanson ne retranscrit que ceux qui eurent lieu entre 1208 et 1219. Elle s’ouvre sur les origines de la Croisade, avant les premiers faits d’armes de 1209, et s’achève par la chute de Marmande et une nouvelle marche des croisés vers Toulouse qui se prépare à soutenir un nouveau siège, après celui de 1217-1218. Dans cette œuvre, se dressent donc, au sein d’une multitude de personnages, les grandes figures historiques que furent le pape Innocent III qui appela à cette Croisade et son légat, Arnaud Amauri, qui en fut le premier chef spirituel, Simon de Montfort, qui de l’armée des barons croisés envoyée par le roi de France Philippe Auguste prit la tête après la reddition de Raymond Roger Trencavel, vicomte de Béziers et de Carcassonne dont il obtint les terres, par octroi de l’Église, en 1209. Émergent également, pour la partie adverse, Raymond VI, comte de Toulouse, son fils, qui deviendra Raymond VII, et leurs vassaux, en particulier le comte de Foix. On voit aussi, parmi d’autres figures saillantes, celle de Foulque de Marseille qui, ancien troubadour devenu évêque de Toulouse, s’allia à Simon de Montfort, et celle du prince Louis, fils de Philippe Auguste et futur Louis VIII qui, envoyé par son père, prendra part directement aux combats des croisés après la mort de Simon de Montfort lors du siège de Toulouse en 1218. C’est alors, depuis 1216, le règne d’un autre pape, Honorius III. À ces figures et faits historiques et à d’autres encore qui ne sont pas cités ici, la Chanson offre – de diverses manières, par divers procédés – une envergure singulière, mythique ; que ce soit au moment de sa création, à l’heure de sa redécouverte au XIXe siècle, ou encore aujourd’hui.

Outre le fait d’être contemporaine des événements qu’elle relate, la Chanson a pour autre caractéristique d’avoir été composée par deux auteurs.

Le premier, Guilhem de Tudela, Guillaume de Tudèle, est un clerc originaire de Navarre devenu, par ses services, chanoine du bourg Saint-Antonin. Il chante en faveur de la Croisade albigeoise, du moins originairement. Son protecteur est Baudouin, le frère cadet de Raymond VI, qui fit alliance avec Simon de Montfort. Son récit couvre les événements qui vont de 1208 à 1213. Sa composition s’arrête au moment de la préparation de la bataille de Muret. Guillaume de Tudèle inscrit sa chanson dans la lignée de la Canso d’Antioca, la Chanson d’Antioche, poème épique dont il a fait son modèle et qui lui donne ces laisses d’alexandrins que vient clore un hexamètre.

Le second auteur est resté anonyme et peu de choses sont sues de lui, si ce n’est, notamment, qu’il est très attaché à Toulouse et lié à ses comtes et à leurs vassaux dont, plus particulièrement, Roger Bernard (II) de Foix, le fils du comte de Foix, qui semble être un de ses mécènes. Si cet auteur anonyme inscrit son texte dans la continuité de celui de Guillaume de Tudèle – il reprend le texte de ce dernier exactement là où il l’a laissé et compose ainsi son récit des événements qui vont de 1213 à 1219 –, sa chanson à lui est, avec flamboyance, celle de la cause de Toulouse, de la contre-Croisade.

Les grands traits de ce portrait, que les contributions de ce volume et les références qu’elles contiennent permettront de compléter, suffisent à montrer combien la Chanson de la Croisade albigeoise est ce que nous appellerons une œuvre-carrefour. Côtoyant le genre de la chronique comme celui de la chanson épique, constituée de deux visions originairement opposées des événements qu’elle retranscrit, portée par deux intentions et deux styles très différents, cette œuvre réunit naturellement les dimensions historique, historiographique et littéraire. C’est dans cette optique que nous avons conçu, avec les différents contributeurs, l’architecture de ce dossier.

Avec les contributions de Sandrine Lavaud et de Philippe Martel, l’ensemble s’ouvre sur la dimension historiographique (XIXe-XXe siècles). Sandrine Lavaud fournit le cadre et le contexte dans lequel s’inscrit la redécouverte de la Chanson, tandis que Philippe Martel expose les circonstances et les conséquences de cette redécouverte à partir des premières mentions, éditions et analyses de l’œuvre.

La contribution de Marjolaine Raguin conduit le lecteur en direction de la dimension historico-littéraire de cette Chanson, en situant son texte par rapport aux autres chansons de croisades occitanes et françaises afin de déterminer plus avant aussi bien l’appartenance du texte à une tradition (en partant de la Canso d’Antioca) que sa singularité.

Les trois dernières contributions, celle de Laurent Macé, celle de Frédéric Boutoulle et la nôtre, s’arrêtent au cœur de l’œuvre, s’attachant à différents stades et aspects du récit. Nous nous penchons sur le traitement singulier réservé au personnage de Simon de Montfort qui, de Guillaume de Tudèle à son Continuateur anonyme, prend l’envergure d’un héros tragique. Laurent Macé porte, quant à lui, son analyse sur l’importance que l’Anonyme accorde aux jeunes princes méridionaux que sont Raymond VII de Toulouse, Roger Bernard de Foix et Bernard de Comminges pour en faire les porteurs de l’espoir de leur lignage et des valeurs de leur société. La contribution de Frédéric Boutoulle, en écho à la fin de la Chanson, conclut l’ensemble par l’analyse du traitement du siège et de la prise de Marmande, qu’elle resitue dans son contexte historique.

À tous points de vue, la Chanson de la Croisade albigeoise – est-il besoin de le dire ? – est une œuvre magistrale à laquelle nous nous réjouissons de pouvoir rendre hommage ici en si belle compagnie.

Nous remercions vivement les différents auteurs pour leur précieuse participation à ce dossier et les membres du comité de rédaction de la revue Médiévales pour avoir bien voulu nous en confier la direction[3].



[1] L’édition utilisée dans ce volume est celle d’E. Martin-Chabot, La Chanson de la Croisade albigeoise, t. I-III, Paris, (1931-1961) 1960-1973. Le texte de la Chanson établi par E. Martin-Chabot est disponible en Livre de Poche : La Chanson de la Croisade albigeoise, H. Gougaud trad. adaptation, Préface de G. Duby, Introduction de M. Zink, Paris, 1989 (Lettres gothiques).

[2] Cf. E. Martin-Chabot, La Chanson…, Introduction, t. I, p. XXXII.

[3] Nos remerciements vont tout particulièrement à Nicolas Weill-Parot, qui en a assuré avec nous la coordination technique.

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