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Des arts diplomatiques. Échanges de présents entre la Chine et l'Europe, XVIIe-XVIIIe siècles
  • Auteur(s) : Collectif
  • Revue : Extrême-Orient, Extrême-Occident
  • Nombre de pages : 206
  • Langues : Anglaise / Française
  • Paru le : 13/02/2020
  • EAN : 9782379240690
  • Caractéristiques
    • Support : Livre broché
    • ISSN : 0754-5010
    • CLIL : 4036 Asie
    • ISBN-10 : 2-37924-069-8
    • ISBN-13 : 978-2-37924-069-0
    • EAN-13 : 9782379240690
    • Format : 155x220mm
    • Poids : 354g
    • Illustrations : Oui
    • Édition : Première édition
    • Paru le : 13/02/2020
    •  
    • Support : PDF
    • ISBN-13 : 978-2-37924-070-6
    • EAN-13 : 9782379240706
    • Taille : 8 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Oui
    • Paru le : 13/02/2020
    •  

Des arts diplomatiques. Échanges de présents entre la Chine et l'Europe, XVIIe-XVIIIe siècles

N°43/2019

Percevoir les présents comme des acteurs diplomatiques à part entière, des ambassadeurs muets, objets de circulations et de négociations à différentes échelles.

Ce dossier d’articles traite des circulations entre Orient et Occident par le prisme d’une histoire matérielle. Les présents diplomatiques y sont abordés en tant qu’acteurs à part entière, jouant le rôle d’ambassadeurs muets. Leur confrontation à des sources écrites, imprimées ou manuscrites, issues de fonds européens et chinois, offre une histoire plus nuancée et à plusieurs voix des échanges.

Numéro publié avec le concours de l'EPHE (École Pratique des Hautes Études) - PSL

Coordinateur(s) du numéro :
Zhao Bing |

Isabelle Landry-Deron |
Fabien Simon |
Auteur(s) :
Zhao Bing |
Emily Byrne Curtis |
Stéphane Castelluccio |
Marie-Laure De Rochebrune |
Indravati Félicité |
John Finlay |
Guo Fuxiang |
Eugenio Menegon |
Fabien Simon

SommaireRésuméAbstractExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Arts | Cadeaux | Chine | Diplomatie | Dix-huitième siècle | Dix-septième siècle | Négociation | Présents

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Sommaire

Introduction :

Les cadeaux diplomatiques entre la Chine et l’Europe 
aux XVIIe-XVIIIe siècles. Pratiques et enjeux
Diplomatic Gifts between China and Europe in the Seventeenth and Eighteenth 
Centuries: Practices and Challenges
Zhao Bing 趙冰‭ ‬et Fabien Simon 

I. Kangxi et Yongzheng : les ambiguïtés du cadeau diplomatique
Kangxi and Yongzheng: The Ambiguities of Diplomatic Gifts

 
Louis XIV, le Siam et la Chine : séduire et être séduit
Louis XIV, Siam, and China: To Seduce and Be Seduced
Stéphane Castelluccio  


Aspects of a Multi-Faceted Process: The Circulation of Enamel Wares between the Vatican and Kangxi’s Court (1700-1722)
Aspects d’un processus protéiforme. La circulation des émaux entre le Vatican 
et la cour de Kangxi (1700-1722)
Emily Byrne Curtis   


Amicitia Palatina : les jésuites et la politique 
des cadeaux offerts à la cour des Qing
Amicitia palatina: The Jesuits and the Politics of Gift-Giving at the Qing Court
Eugenio Menegon  

II. Qianlong : dons, tributs et séductions commerciales
Qianlong: Gifts, Tribute, and Commercial Enticements


Les porcelaines de Sèvres envoyées en guise de cadeaux 
diplomatiques à l’empereur de Chine par les souverains français 
dans la seconde moitié du XVIIIe siècle
Sèvres Porcelains Sent as Diplomatic Gifts to the Emperor of China by French Monarchs in the Second Half of the Eighteenth Century
Marie-Laure de Rochebrune  


Henri Bertin and Louis XV’s Gifts to the Qianlong Emperor
Henri Bertin et les présents de Louis XV à l’empereur Qianlong
John Finlay   


Cahier couleur – Iconography   


Presents and Tribute: Exploration of the Presents Given 
to the Qianlong Emperor by the British Macartney Embassy
Présents et tributs : examen des présents offerts à l’empereur Qianlong 
par l’ambassade britannique Macartney
Guo Fuxiang  

III. Regard extérieur –The View from Outside


Les présents diplomatiques entre Asie et Europe 
à l’époque moderne
Diplomatic Gifts between Asia and Europe in the Modern Era
Indravati Félicité  


Résumés    193
Abstracts    195
提要    197

Contributeurs    199
Bio-bibliographical Notes    201


Résumé

Stéphane Castellucio
Louis XIV, le Siam et la Chine : séduire et être séduit

Le règne de Louis XIV apparaît comme un moment exceptionnel pour les relations entre la France et l’Orient avec, comme apogée, la célèbre ambassade de Siam, reçue à Versailles en 1686. Les cadeaux diplomatiques échangés rivalisaient en quantité, en variété et en richesse, chaque souverain offrant ce qui lui semblait le plus susceptible de plaire au destinataire et d’exprimer la dignité de sa fonction. Cependant, l’évolution des circonstances politiques au Siam et en France stoppa les échanges engagés. À la fin du règne de Louis XIV, la nature des contacts avec l’empereur de Chine reste difficile à définir en raison du rôle ambigu des pères jésuites, qui paraissent avoir plus agi pour leurs intérêts que pour ceux de l’empereur ou du roi de France.

 

Emily Byrne Curtis
Aspects of a Multi-Faceted Process : The Circulation of Enamel Wares between the Vatican and Kangxi's Court (1700-1722)
 

 La documentation existante offre une chronique du débarquement de verre et d’émail vénitien à la cour de Pékin. Cet aspect de la contribution de Venise aux échanges culturels entre l’Europe et la Chine a été jusque-là peu pris en considération – une omission à laquelle les archives mobilisées dans cet article permettront de remédier afin d’offrir une autre perspective sur la production de produits émaillés sous la dynastie des Qing (1644-1912)

 

Indravati Félicité
Les présents diplomatiques entre Asie et Europe à l'époque moderne

Les présents, au cœur des échanges diplomatiques de l’époque moderne, étaient loin de constituer une formalité dénuée de signification. La malléabilité du sens que conféraient les acteurs à ces présents en faisait au contraire un élément politique capital, tout en constituant parfois une source de malentendu. En puisant dans les apports de la « nouvelle » histoire diplomatique, de l’histoire globale et de l’histoire connectée, cet article propose des pistes de réflexion sur l’intérêt que représente l’étude des présents. La spécificité des échanges de présents se déroulant dans l’espace eurasiatique est également analysée dans le contexte de la « première mondialisation ».

 

John Finlay
Henri Bertin and Louis XV's Gifts to the Qianlong Emperor

En 1764, Henri Bertin, ministre d’Etat de Louis XV, procure des instructions au sujet des arts et manufactures français à deux chrétiens chinois, Aloys Ko et Etienne Yang, afin qu’à leur retour ils soient capables de faire des rapports sur les pratiques et techniques chinoises. Prenant la mer en 1765, Ko et Yang emportèrent un ensemble de « présents » – des cadeaux fournis à Bertin par le Roi. Ces présents devinrent toutefois l’objet de négociations entre les représentants impériaux, l’Empereur et les jésuites français à la cour des Qing. Cet épisode éclaire le rôle des présents diplomatiques en tant que médiateurs politiques et culturels entre deux grandes nations.

 

Guo Fuxiang
Presents and Tributes : Exploration of the Presents Given to the Qianlong Emperor by the British Macartney Embassy

En 1793, le gouvernement britannique envoya une mission diplomatique d’importance en Chine menée par Lord Macartney. Selon les interprétations qui en avaient été faites par le passé, les présents ne reçurent d’attention de la part ni de l’empereur Qianlong ni du personnel de cour. Pourtant ce ne fut pas le cas, et plusieurs documents des archives de la cour des Qing révèlent que beaucoup fut fait pour que ces précieux cadeaux soient conservés de manière adéquate, certains ayant même perduré jusqu’à nos jours.

 

Eugenio Menegon
Amicitia palatina : les jésuites et la politique des cadeaux offerts à la cour des Qing

Les présents faits par les missionnaires catholiques européens à Pékin aux empereurs et aux membres des cours des Ming et des Qing constituaient un angle mort entre les échanges mutuels coutumiers entre fonctionnaires chinois, et les tributs offerts par les émissaires étrangers. Ils reflétaient également les manœuvres des acteurs européens et chinois au sein du gouvernement dans le cadre des politiques étatiques en matière de relations extérieures et de « corruption ». Cet article éclaire la politique et l’économie de l’échange de cadeaux au cours de la période Ming-Qing, ainsi que l’intersection entre les loisirs, le luxe, et l’État.

 

Marie-Laure De Rochebrune
Les porcelaines de Sèvres envoyées en guise de cadeaux diplomatiques à l'empereur de Chine par les souverains français dans la seconde moitié du XVIIIe siècle

L’idée d’offrir des porcelaines de Sèvres en guise de cadeaux diplomatiques naquit en France en 1757. L’empereur Qianlong bénéficia de cette manne diplomatique à l’instigation du secrétaire d’Etat sinophile, Bertin. A travers quelques exemples, l’article étudie les circonstances dans lesquelles ces présents ont été offerts et définit les  objectifs diplomatiques qui figurent derrière ces cadeaux.

Abstract

Stéphane Castellucio
Louis XIV, le Siam et la Chine : séduire et être séduit

The reign of Louis XIV is an exceptional moment in the relations between France and the East, with, as its high point, the embassy from Siam in 1686. The diplomatic gifts that were exchanged competed in variety and richness, with each sovereign offering what seemed most likely to please the recipient and express the dignity of his office. At the end of the reign of Louis XIV, the nature of the contacts with the Emperor of China remained difficult to define given the ambiguous role of the Jesuit fathers, who seemed to have acted more in their own interests than in the interests of the Emperor or the King of France.

 

Emily Byrne Curtis
Aspects of a Multi-Faceted Process : The Circulation of Enamel Wares between the vatican and Kangxi's Court (1700-1722)

Existing documentation chronicles the trans-shipment of Venetian glass and enamels to the court in Beijing. This aspect of Venice’s contributions to the cultural exchange between Europe and China has been somewhat overlooked — an omission to which, hopefully, the records cited in this this paper will introduce another perspective into the production of enamel wares in the Qing Dynasty (1644-1912).

Résumé chinois :

本文的研究基於現存的編年記錄,其中有關於威尼斯的玻璃和琺瑯從海路運往北京清宮的記載。威尼斯對中歐文化交流的這一貢獻在某種程度上被忽視了。本文所引的資料將從另一個視角考察清代(1644-1912)的琺瑯品製造。

 

Indravati Félicité
Les présents diplomatiques entre Asie et Europe à l'époque moderne

Diplomatic presents were far from constituting a meaningless formality in early modern times. The malleability of the meaning the actors assigned to these presents made them, on the contrary, an essential political element that could, simultaneously, be a source of misunderstanding. Drawing on the contributions of the “new” diplomatic history, global history and connected history, this article suggests ways of thinking about diplomatic gifts. The specificity of the exchange of presents taking place in the Eurasian space is also analysed in the context of the “first globalization.”

 

John Finlay
Henri Bertin and Louis XV's Gifts to the Qianlong Emperor

In 1764, Henri Bertin, a minister of state under Louis XV, provided instruction in French arts and manufactures to two Chinese Christians, Aloys Ko and Étienne Yang, so that when they returned they would be able to report on Chinese practices and techniques. Sailing in 1765, Ko and Yang took a set of présents — gifts provided to Bertin by the King. The gifts, however, became part of negotiations between imperial officials, the Emperor, and the French Jesuits at the Qing court. The episode illuminates the role of diplomatic gifts as political and cultural mediators between two great nations.

Résumé chinois :

1764年,路易十五的國務大臣亨利·貝爾坦,將法國的工藝和製造知識傳授給了兩位中國基督教徒,高類思和楊德望,讓他們在回中國後提供中國的工藝和技術。1765年,高和楊帶著貝爾坦送給乾隆帝的一批禮物坐上了船。然而,這批禮物成為了清廷大臣、皇帝和耶穌會士在朝堂上協商的一部分。這一歷史事件展現了外交禮物作為兩個大國之間政治和文化中介的角色。

 

Guo Fuxiang
Presents and Tributes : Exploration of the Presents Given to the Qianlong Emperor by the British Macartney Embassy

In 1793, the British government sent a major diplomatic mission to China led by Lord Macartney. According to views that prevailed in the past, these presents received the full attention of neither the Qianlong emperor nor his court officials. However, this was not the actual case, and a host of Qing court archival documents reveal that great pains were taken to ensure these precious gifts were conserved appropriately, and some of them even survive today.

 

Eugenio Menegon
Amicitia palatina : les jésuites et la politique des cadeaux offerts à la cour des Qing

Gift-giving from European Catholic missionaries in Beijing to the emperors and the members of the Ming and Qing courts occupied a murky space between customary mutual exchanges among Chinese officials, and the offering of tribute by foreign envoys. It also reflected the calculations of Europeans and Chinese actors within the framework of state policies on foreign relations and “corruption.” This essay illuminates the politics and economics of gift-exchange in the Ming-Qing periods, and the intersection of leisure, luxury consumption, and state power.

Résumé chinois :

在中國官員之間的饋贈互往和外國使臣的進貢研究中,歐洲傳教士送給明清皇帝和皇室家族的禮品還是一個被忽略了的部分。其實這些禮品研究能體現中國和歐洲的參與者在國家政治中外交關係上的作用和有關“腐敗”社會現象。該文探討明清時期禮品交往中的政治和經濟因素,以及悠閒,奢華與國家政體的關係。

 

Marie-Laure De Rochebrune
Les porcelaines de Sèvres envoyées en guise de cadeaux diplomatiques à l'empereur de Chine par les souverains français dans la seconde moitié du XVIIIe siècle

The idea of offering Sèvres porcelain as diplomatic gifts was born in France in 1757. The Qianlong emperor benefited from this diplomatic blessing at the instigation of the Minister of State, Henri Bertin, an ardent sinophile. Through the examination of a few examples, the article examines the circumstances under which these gifts were offered and defines the diplomatic objectives that appear behind these gifts.

Résumé chinois :

將塞弗爾瓷器作為外交禮物贈送各國的想法最早產生于1757年。乾隆皇帝獲得這一外交餽贈,得益于當時親華的國務大臣貝爾坦的支持。本文通過幾個實例,來研究在何種情況下這些禮物被送給乾隆帝,并探討在這些禮物背後的外交目的。

Extrait(s)

Introduction :

Les cadeaux diplomatiques entre la Chine et l’Europe
aux XVIIe-XVIIIe siècles. Pratiques et enjeux

Zhao Bing 趙冰 et Fabien Simon

À la date du 11 mars 1763, une entrée des registres de la manufacture royale de Beauvais mentionne la commande de six tapisseries sur des thèmes « chinois » à délivrer au ministre d’État Bertin, afin de servir de cadeaux à envoyer en Chine. Cette dite « seconde tenture chinoise », réalisée à partir d’esquisses de François Boucher, est en effet offerte à l’empereur Qianlong, pour sa plus grande satisfaction, d’après une lettre du jésuite Michel Benoist à Bertin du 10 novembre 1767. L’empereur ordonne, pour l’abriter, la construction d’un nouveau pavillon dans l’ensemble des « palais européens » du Yuanmingyuan.

Cet exemple fameux de cadeau diplomatique est réinterprété, sous divers angles, dans deux articles du présent dossier, sous la plume de John Finlay et de Marie-Laure de Rochebrune. Il permet d’envisager la diversité des acteurs impliqués dans ces relations diplomatiques à différentes échelles, depuis la production des objets jusqu’à leur réception, toujours active, et à l’adaptation de ces artefacts à leur nouveau contexte, ne serait-ce que dans la manière dont ils sont mis en scène, ou, au contraire, entassés dans quelques dépôts à l’abri des regards. Or la tapisserie faisait partie d’un ensemble de cadeaux incluant aussi de nombreuses porcelaines de Sèvres, démonstration de la maîtrise technique des artisans français.

Ce dossier d’articles est la première livraison d’un projet de recherche au long cours portant sur les techniques de l’émail et leur circulation entre l’Europe et l’Asie jusqu’au XIXe siècle. Né de la rencontre entre les recherches innovantes menées ces dernières années par des équipes françaises et un appel à collaboration lancé en 2014 par le musée du Palais de Pékin, le projet a été doté par l’INSHS (Institut des sciences humaines et sociales) du CNRS du statut d’IRP pour les mobilités internationales (International Research Program 2017-2021, sous l’appellation de LIA-Laboratoire International Associé avant 2019) et soutenu par l’Iris « Études globales » (2017-2019) pour la construction de la base de données sur les archives 1. À l’encontre du lieu commun d’une Europe du XVIIIe siècle éprise de « chinoiseries » – d’objets, de culture ou de techniques chinois –, le projet propose de découvrir l’envers peu connu d’une histoire globale : l’engouement pour les arts décoratifs européens à la cour de l’empire du Milieu. Il porte précisément sur la circulation des objets en émail peint et de cette technique entre la France et la Chine (milieu XVIIe-fin XVIIIe siècle). L’émail (falang ou falan en chinois) est l’exemple type d’une technique méditerranéenne et européenne dont la pratique s’est déplacée d’ouest en est, au gré de la circulation des objets. La fascination pour les émaux peints européens en Chine est étroitement liée au prestige des instruments scientifiques et des montres et horloges européens, qui pouvaient être partiellement émaillés en surface. La première ambition du projet est donc d’explorer le rôle des objets et des techniques européens dans la constitution du patrimoine culturel et technique à la cour chinoise. La seconde est d’étudier, dans une perspective comparatiste, les rapports entre les pouvoirs impériaux et monarchiques et les patrimoines culturel et technique en Chine et en France. L’objectif scientifique vise à dépasser deux écueils : 1. une vision européocentrée de la diffusion des techniques depuis l’Europe, perçue à travers le prisme des écrits des missionnaires jésuites exclusivement, et une vision sinocentrée niant, au contraire, tout apport étranger ; 2. un parallélisme visuel qui prétend établir des liens techniques exclusivement à partir d’observations stylistiques. Il s’agit alors de proposer une triple mise en regard, inédite, entre : premièrement, objets et archives ; deuxièmement, données françaises et chinoises ; et troisièmement, sciences humaines et sociales et sciences exactes (analyse physico-chimique non destructive en particulier).

Le colloque inaugural de l’IRP TrEnamelFC « Les présents diplomatiques entre la Chine et l’Europe aux xviie-xviiie siècles », organisé à Paris les 4 et 5 mai 2017, constituait une porte d’entrée vers ces questionnements 2. En effet, d’après les premières enquêtes menées par les membres du programme TrEnamelFC dans les archives européennes et chinoises, une trentaine de types d’objets émaillés européens ont été introduits en Chine sous diverses formes, principalement par des biais « officiels », durant la phase initiale des Qing (1644-1911) 3.

Séduire et impressionner les Chinois grâce à des objets de luxe, des produits de bouche exceptionnels, ou des instruments de savoir, constituait une stratégie d’obtention de faveurs, pratiquée à différents niveaux sociaux, dès l’arrivée des premiers missionnaires en Chine. En 1601, Matteo Ricci (1552-1610), débarqué dix-neuf ans plus tôt, fut le premier à être reçu au Palais par l’empereur Wanli (r. 1574-1620), à qui il offrit une importante quantité de cadeaux 4. Les missionnaires figurèrent explicitement sous les Qing sur la liste des personnes habilitées à offrir des tributs à l’empereur 5. Comme d’autres groupes d’intermédiaires, tels que les marchands privés des différentes compagnies des Indes orientales, les missionnaires européens ne laissaient pas échapper une occasion d’offrir des présents à l’empereur, lors des diverses fêtes ponctuant l’année ou pour l’anniversaire du souverain. Plus intéressant encore, ils développèrent des manœuvres, fort efficaces, afin d’augmenter le nombre de leurs cadeaux : présenter au trône chaque missionnaire nouvellement arrivé à la capitale, créant ainsi les conditions d’un nouveau don de présents, en dehors des occasions habituelles ; ou encore, passer par les hauts fonctionnaires de province qui étaient habilités à envoyer des tributs à la cour à tout moment.

En fait, le statut de l’empereur ne lui permettait pas d’accepter tous les tributs qui lui étaient présentés et des stratégies de contournement du protocole furent alors mises en place pour étancher la soif d’acquisitions du souverain. Le cas le mieux étudié est celui de l’empereur Qianlong (r. 1736-1795) : lorsqu’il repérait des objets intéressants parmi les tributs présentés par un fonctionnaire chinois, il avait pour habitude d’user d’une sorte de droit de confiscation (chaojia) pour s’en emparer 6. Par ailleurs, la cour chinoise avait également l’habitude d’acquérir les marchandises étrangères qu’elle désirait sous forme d’« achat » par l’intermédiaire de l’administration des douanes maritimes, à qui elle confiait des listes. Celles-ci, vraisemblablement établies avec l’aide d’informateurs compétents, reflètent un certain degré de connaissance des pays européens.

Étudier la circulation des cadeaux diplomatiques entre la Chine et l’Europe est donc pour nous l’occasion d’observer, au-delà des appareils administratifs et leurs règlementations, des pratiques sociales diversifiées (depuis l’empereur, sommet de la société chinoise, jusqu’aux fonctionnaires de province), mises en place pour contourner le système tributaire, les périmètres d’action des acteurs et l’impact de ces circulations de présents apparaissant bien plus étendus que ce que les analyses avaient pu proposer jusque-là (fig. A1).

La Chine et le défi historiographique de l’histoire
connectée multipolaire

Le présent dossier se veut ainsi une contribution au renouvellement historiographique, aux ramifications multiples (histoire postcoloniale, subaltern studies…), ayant pris place ces dernières décennies, et qui a permis de souligner les limites des prétentions à l’universalité de la tradition historiographique occidentale 7. Il s’est agi notamment de faire entendre d’autres sources, issues de terrains textuels différents et desquelles émanent d’autres idées, d’autres idéologies, d’autres représentations du monde 8. L’histoire connectée, telle que définie par Sanjay Subrahmanyam et Serge Gruzinski, ne considère ainsi pas un espace artificiellement homogène, tel qu’il peut transparaître parfois, depuis les années 1990, dans les global studies. Elle envisage, au contraire, les jeux d’échelles, du global au local, afin d’observer la circulation transformatrice des objets et des idées, les emprunts réciproques d’une culture à l’autre. Comprendre les sociétés non occidentales dans leurs dynamiques propres et leur hétérogénéité constitue alors une étape cruciale dans ce nouveau défi historiographique. Quelle place y occupe la Chine plus particulièrement ? Une conception « occidentaliste » de la Chine s’est forgée progressivement, depuis le xviiie siècle, rassemblant paradoxalement sinophiles et sinophobes autour du double binôme universalité/particularité, et idéalisation/préjugés ethnocentriques 9.

Depuis lors, la Chine a été le plus souvent conçue dans une opposition au modèle occidental. Et si les orientalistes contemporains continuent à revendiquer une Chine « particulière », ils proposent une lecture plus fine, insistant sur les dynamiques internes chinoises et sur le caractère complexe des évolutions. En Chine, on a pu assister récemment, d’un côté, à la montée du nationalisme qui développe la notion de « particularité chinoise » (zhongguo tese) ; de l’autre, à la création en 2004 du premier centre d’histoire globale, qui décloisonne l’histoire universelle (shijieshi) et l’histoire de la Chine (Zhongguoshi) elle-même. Des historiens chinois ont commencé à dénoncer les limites d’une vision sinocentrique pour proposer une histoire globale située, autrement dit une histoire mondiale de la Chine. Elle s’est traduite d’abord par des études de cas consacrées aux relations extérieures avec les pays voisins ; puis, depuis 2012, des investigations plus conséquentes ont été déployées sur la question des grandes routes commerciales terrestres et maritimes. Certains de ces travaux s’en tiennent parfois encore à brosser de grandes fresques, quelque peu héroïques et impérialistes, dans lesquelles la Chine est le principal, pour ne pas dire le seul, moteur. Néanmoins des chercheurs pionniers ont consacré d’importants travaux à examiner comment celle-ci était en connexion avec le monde extérieur et à comprendre comment les apports étrangers ont pu participer activement à son évolution interne 10.

L’apport de l’étranger dans la culture matérielle de la cour est resté, lui, presque un tabou jusqu’à il y a peu. L’étude des objets étrangers issus des anciennes collections impériales est extrêmement rare 11. A été récemment soulignée l’attitude ambivalente de la cour des Qing, partagée entre son engouement pour les objets européens et son rejet de toute idéologie occidentale 12. Au filtre idéologique s’ajoutent les compétences lacunaires du personnel scientifique, résultant de la fermeture de la Chine dans la seconde moitié du xxe siècle, et compliquant la reconnaissance des objets européens ou l’identification des composantes stylistiques européennes. Or, cette dernière est rendue d’autant plus difficile qu’afin de préserver le style impérial, les éléments non chinois furent souvent dissimulés volontairement (hormis pendant le règne de Qianlong). Nous souhaitons envisager en épaisseur, en réunissant dans ce numéro des chercheurs spécialistes de l’histoire occidentale et de l’histoire de la Chine, un épisode de « conquête » réciproque par la séduction, par l’agrément et le divertissement entre l’Europe et l’empire du Milieu, qui ne s’ignoraient pas autant que l’on pourrait le croire.

Selon Hans Bielenstein, il n’y avait pas, à l’époque qui nous intéresse, de relations diplomatiques entre la Chine et le reste du monde au sens moderne du terme. L’empereur étant considéré en Chine comme le fils du Ciel, cette universalité imposait d’emblée une asymétrie dans les relations avec les autres pays 13. Concrètement, aux yeux des Chinois, offrir des cadeaux à l’empereur signifiait admettre un rapport de subordination (chen). Dès la dynastie des Han (206 av. notre ère-220) furent instaurés des protocoles régissant les échanges avec l’étranger (cérémonies, procédures de réception et de gestion des présents, etc.). Ainsi les présents dits « diplomatiques » offerts par les Européens étaient traités comme des « tributs » (gong) ou, plus précisément, des « tributs locaux » (tugong) 14. Cela signifie qu’un cadeau changeait de statut une fois arrivé en Chine. Les termes chinois les plus couramment employés pour désigner l’acte d’offrir ont tous trait à la notion de gong (jingong, rugong, gongjin, etc.). Cet acte obéissait par ailleurs à des temporalités différentes suivant les protocoles. Les administrations frontalières habilitées à traiter des affaires de « tribut » devaient d’abord dresser une liste des objets offerts, puis la transmettre à l’administration centrale, qui examinait leur recevabilité. Une fois parvenus à la capitale, les « tributs » jugés acceptables étaient rarement remis en main propre à l’empereur. Quant aux cadeaux que la cour des Qing offrait en retour, tout en se référant aux règlementations, ils devaient être d’une valeur supérieure, afin de mieux marquer l’asymétrie de la relation.

Par ailleurs, il y a toujours eu dans la conception chinoise du « tribut » une connotation commerciale, soulignée par le terme shi. Depuis la mise en place progressive du système tributaire à partir des Han et plus particulièrement sous les Song (960-1279), la cour chinoise a toujours cherché à en tirer un profit économique. Ce commerce officiel ou « semi-officiel » était tant bien que mal contrôlé par les administrations centrales et provinciales ou par des marchands privés travaillant pour le compte de l’État 15. Puis les pays asiatiques se sont prêtés à ce jeu des échanges diplomatiques assimilés à du négoce dont ils tiraient de très lucratifs bénéfices. Toutefois, la cour des Qing eut à faire face aux demandes de plus en plus pressantes des Européens réclamant l’ouverture des ports chinois. Le but véritable des ambassades européennes fut clairement identifié en Chine comme « permettant de commercer grâce au tribut » (yigong deshi) 16. Dans ce contexte perçu comme menaçant, les sources chinoises ne cessent de stipuler, presque obsessionnellement, l’impérieuse nécessité de « suivre les usages » (anzhao guanli) en matière de protocole et de gestion des biens échangés dans les relations avec les pays européens 17.

Ce rappel historiographique du versant chinois des échanges a donc pour but, si ce n’est de remettre en cause, du moins de recontextualiser l’image d’une cour chinoise rigide, « brutale », et fermée sur elle. Cette image a été largement véhiculée – alors que les ambassades entre la cour des Qing et les cours européennes furent relativement peu nombreuses aux xviie et xviiie siècles – par quelques récits européens seulement. L’objectif est ici de proposer un regard critique renouvelé sur ces témoignages qui tenaient eux-mêmes largement à l’émergence concomitante en Europe de pratiques « modernes » dans les relations internationales, privilégiant les nouvelles références de la courtoisie et de la civilité 18 : comment étudier les rapports sino-européens de cette période en termes d’échanges plutôt que de conflit ou de querelle ? Comment dépasser le double écueil sino- et européo-centrique pour décrire à nouveaux frais la pratique sociale des cadeaux et l’impact de ces derniers, immédiat ou dans la durée ? Comment comprendre les comportements et enjeux sociaux, culturels et politiques au-delà des étiquettes formelles et en dehors des espaces officiels des échanges dans une optique locale ? Voilà le défi historiographique proposé et relevé par un ensemble d’auteurs venant d’horizons scientifiques et professionnels différents et aux compétences variées, chercheurs, universitaires et conservateurs de musée travaillant en Chine, en France et aux États-Unis.

Objets d’histoire : les présents comme « ambassadeurs muets »

Le cadre historiographique et méthodologique bordant ce dossier est, plus précisément, double. Tout d’abord, il repose sur une histoire de la culture matérielle, permettant d’envisager à partir des objets les « chaînes logiques qui s’imbriquent », puisque comme le soulignait Daniel Roche dans son Histoire des choses banales, « la force des usages est liée à la transformation des objets, entraînant habitudes sociales, capacités techniques des fabricants 19 ». Il insistait ainsi, aux deux bouts de la vie des objets (leur production et leur consommation/réception active), sur la « continuité du matériel et du symbolique », concluant : « Le monde ne peut être isolé sans risque dans sa contingence ni les idées dans leur pureté 20. » Avec cette volonté de dépasser la dichotomie matériel/immatériel, prônée déjà par André Leroi-Gourhan 21, l’objet était mis dès lors au centre des questionnements des sciences sociales, donnant lieu à une grande variété d’approches, à des définitions parfois contradictoires, parfois complémentaires, desdits objets 22. Parmi celles-ci, Bruno Latour propose, par exemple, de faire des objets des « actants », les non-humains agissant au même titre que les humains : « Les objets font quelque chose, et d’abord ils nous font 23. » Cette dernière approche est réinvestie notamment dans un champ de recherches, pluridisciplinaire – mais particulièrement actif dans une histoire de l’art renouvelée 24 –, focalisé sur les objets migrants 25, nomades 26 ou frontières 27 qui, plus que d’autres encore, bénéficient de cette lecture insistant sur les regards multiples portés sur eux, au cœur des zones de contact et des espaces d’interaction à l’intérieur desquels ils circulent. Ils se constituent ainsi en objets « transculturels », intrinsèquement « polyphoniques » 28. Leurs identités, leurs vies multiples 29, se complexifient au long de leurs parcours, elles se superposent, sédimentent.

Les circulations eurasiatiques sont particulièrement fécondes en production d’objets « enchevêtrés », « entremêlés », « entangled » 30, dont nous retrouverons plusieurs exemples détaillés dans le présent dossier ; parmi les plus fameux, celui de la porcelaine « globalisée », à propos de laquelle Robert Finlay et Anne Gerritsen ont respectivement forgé les concepts de Global Chinese porcelain et Global Jingdezhen 31. Une telle approche permet de dépasser les conceptions faisant de tout objet asiatique reçu en Europe une « chinoiserie » : il s’agit de démontrer, par exemple, comment la céramique de Delft, copie de porcelaines chinoises au départ, de leur matière, de leurs motifs, s’était constituée, après une réelle « domestication » de ces dernières, en objet à part entière, les blancs-bleus devenant progressivement, non plus des copies de Chine, mais des « porcelaines » proprement hollandaises et identifiées comme telles 32. Et ce mouvement d’adaptations européennes, liées aux arts du feu, se prolonge ensuite, avec le recours au kaolin cette fois, à Meissen au XVIIIe siècle 33. Parallèlement, les objets européens circulant en Chine ont pu être abordés, eux, comme des Chinese occidenteries, pour qualifier tant les « biens de l’océan » [ou « biens occidentaux », yanghuo], importés d’Europe, que les productions domestiques d’œuvres adaptant l’exotisme européen aux contextes chinois, lectures locales d’un global perçu depuis l’Orient 34. Si la correspondance du jésuite Florian Bahr témoigne, par exemple, en 1747, d’un goût prononcé à la cour des Qing pour les sphères en verre montées sur ivoire de Berchtesgaden (dans les Alpes bavaroises), au-delà de la possession de ces objets, le processus d’adaptation au nouveau contexte a pu conduire à la production de pièces chinoises équivalentes, mettant en scène des artefacts sous cloche de verre 35. Il en va de même pour la « tenture chinoise » offerte par Bertin dont nous étions partis : non seulement elle est mise en scène dans un bâtiment spécifique construit pour la recevoir, mais elle connaît aussi d’autres formes d’acclimatations plus poussées. En effet, l’empereur Qianlong commandait également à ses artisans, comme le souligne dans un de ses articles Kristel Smentek, des tapisseries de soie et laine, « à l’occidentale », ou kesi, décalquées sur le modèle de Beauvais 36.

Ce dernier exemple d’objet hybride, « transculturel », enchevêtré, est directement issu, au départ du moins, d’un contexte diplomatique, celui d’une diplomatie informelle car ne faisant pas dialoguer deux souverains et encore moins deux états. Il nous conduit à l’autre cadre historiographique dans lequel cet ensemble d’articles est ensuite inscrit : le « tournant matériel », mettant au centre l’épaisseur biographique des objets, croise ici, en effet, une « nouvelle histoire de la diplomatie » – sur laquelle revient en détail l’article d’Indravati Félicité en guise d’ouverture finale. Les cadeaux n’y sont pas perçus comme des divertissements adjoints à des négociations politiques autrement plus importantes et moins terre-à-terre, comme de simples présupposés diplomatiques aux effets neutres. Ils sont, au contraire, conçus comme des acteurs diplomatiques à part entière 37. Ils jouent le rôle d’« ambassadeurs silencieux », de « diplomates muets » 38. Le jeu de l’échange de cadeaux est le lieu d’une tentative, parfois réussie, parfois ratée, de réduction de l’incom­mensurabilité 39. Il introduit la possibilité d’un langage commun, partagé – accompagné de ses éventuels quiproquos, et donc en n’oubliant pas les relations asymétriques qu’il suppose parfois –, élaboré autour des rituels diplomatiques, négociés à diverses échelles : celle des acteurs impliqués ; des situations locales dont ils proviennent ou à l’intérieur desquelles ils négocient ; et celle globale qu’ils construisent collectivement, avec un périmètre variable, en fonction des contextes. Cérémonial et étiquette circulent et sont tantôt appropriés, adoptés, adaptés, tantôt détournés 40. Les objets sont pris dans des stratégies de traductions – supposant de connaître a minima la culture « cible » du destinataire du cadeau – plus ou moins réussies dans les faits. Par exemple, lors des échanges de présents, analysés par Cristina Brauner, entre les compagnies de commerce européennes – telles la Company of English Adventurers anglaise dans les années 1660 ou la Compagnie de Guinée française début XVIIIe siècle – et les souverains de la Côte-de-l’Or africaine, lesdits cadeaux sont soumis à des lectures diversifiées, voire opposées, en fonction des acteurs : les drapeaux donnés par les compagnies à tel ou tel souverain comme signes, pour elles, d’une forme d’exclusif commercial sont, au contraire, accumulés et exposés par les rois de Ouidah ou du Dahomey comme des marques de leur puissance royale et de la multiplicité de leurs interlocuteurs. L’ambiguïté de la lecture du présent, entre cadeau et tribut, joue donc aussi sur les côtes africaines, élément central sinon de l’analyse des relations entre souverains européens et empereur chinois traité dans les articles qui suivent. Le contexte global peut d’ailleurs être perçu par les acteurs eux-mêmes, à la manière du chevalier Damon, envoyé en 1702 de la Compagnie de Guinée à « Issigny » à l’extrémité ouest de la Côte-de-l’Or, qui présente un portrait de Louis XIV au souverain local, en lui précisant qu’il s’agit d’un honneur réservé jusque-là aux seuls roi de Siam et empereur de Chine 41.

Les présents sont objets de négociations à chaque étape de leurs circulations, depuis leur sélection ou leur élaboration, parfois sur commande du destinataire en fait, jusqu’à leur distribution, inscrite dans des formes de dons très ritualisées en contexte diplomatique, en passant par leur transport et sans oublier leur devenir après le don, en tant que pièce de collection plus ou moins durable ou, au contraire, rebus méprisé ou ré-employé – c’est le cas d’un certain nombre des pièces d’orfèvrerie offertes par le Siam, fondues en 1689 puis 1709, comme le rappelle Stéphane Castelluccio. Les articles réunis ici ne visent pas à s’inscrire directement dans le renouvellement de l’histoire diplomatique précédemment évoqué, mais à aborder plus largement les circulations entre l’Europe et la Chine à travers l’angle particulier des échanges de présents. Envisager donc la manière dont les artefacts circulent et comment leur sont associés divers acteurs aux différentes étapes de leur pérégrination, et comment ces artefacts peuvent être éventuellement les prémisses de circulations plus pérennes et/ou diffuses, échanges économiques ou circulations techniques, tel est le programme que se sont fixés les auteurs. Les objets apparaissent ainsi comme des médiateurs auxquels sont associés des gestes, des techniques, des usages sociaux. Ils peuvent être conçus comme des « chevaux de Troie » – pour reprendre la formule d’Eugenio Menegon dans son article –, ouvrant à des échanges sur le long terme, qu’ils soient sociaux ou politiques, comme ceux que permettent les horloges introduites à la cour des Ming par Matteo Ricci ou Michele Ruggieri (1543-1607), autorisant, du fait de l’entretien qu’elles requièrent, une présence pérenne des missionnaires au plus proche du pouvoir impérial ; ou proprement économiques. La dimension commerciale de l’échange de présents est en effet un sous-entendu récurrent 42. Stéphane Castelluccio évoque ainsi la manière dont l’ambassade du Siam est aussi perçue comme une passerelle vers la Chine et comme l’espoir de l’ouverture d’un marché pour les produits français telles les glaces de Saint-Gobain. Quant à Guo Fuxiang, il interprète à nouveaux frais l’ambassade de Macartney de 1793, souvent présentée autant comme une mission diplomatique que comme une « exposition des produits de l’industrie anglaise », notamment de Birmingham 43.

Ce dernier exemple des manufacturiers anglais est une illustration, par ailleurs, de la multitude des acteurs mobilisés. Stéphane Castelluccio, toujours, rend compte de la variété des destinataires des présents, grâce aux informateurs du Siam que sont Phaulkon ou l’abbé de Choisy, permettant de cibler un éminent collectionneur de l’Orient comme le Grand Dauphin, à propos duquel les ambassadeurs siamois s’étonnent, d’après le Mercure Galant, « de ce que les Indes estaient plus dans son Cabinet que dans les Indes mêmes, puisqu’on y voyait l’élite de ce qu’elles pouvaient avoir jamais eu de plus beau 44 ». John Finlay met en avant, lui, la figure d’Henri Bertin – agissant comme ministre d’État mais aussi en son nom propre, comme coordinateur, par exemple, de la publication des Mémoires concernant l’histoire, les sciences, les arts […] des Chinois (1776-1791) – de même que le rôle primordial des convertis chinois ayant séjourné en France, Ko et Yang 45. Enfin, les jésuites apparaissent bien sûr dans plusieurs contributions comme des acteurs primordiaux et au rôle protéiforme. Ils étaient en effet les représentants du pape (à qui leur quatrième vœu les relie très directement), mais aussi ceux de leur propre ordre et de leur général, sans oublier ceux de leur souverain, comme dans le cas des « Mathématiciens du Roi », un groupe de jésuites français à la titulature parlante, chapeauté par le père Fontaney, qui fut envoyé en Chine par Louis XIV en 1685 46. Les missionnaires participaient donc activement de cette diplomatie informelle, très incarnée encore, s’appuyant sur des acteurs aux identités diverses (marchands, artistes…). Les cadeaux circulaient par leur intermédiaire – ceux de Kangxi à la France fin xviie siècle, ceux de Bertin à Qianlong au xviiie siècle –, permettant ainsi de contourner la rigidité protocolaire et la reconnaissance de fait de la supériorité d’un participant sur l’autre, c’est-à-dire le système du tribut. Parmi ces missionnaires au rôle central délinéé dans telle ou telle des contributions, citons Kilian Stumpf (1655-1720) – mis en avant par Emily Curtis – impliqué dans les relations entre le pape et Kangxi lors de la légation de Maillard de Tournon début xviiie siècle, puis responsable de la manufacture impériale de verre ; ou encore João Mourão (1681-1726), jésuite portugais, traducteur du chinois et du mandchou lors de la légation de 1720, sur lequel insiste Eugenio Menegon.

Épilogue

Ce dossier est donc tiré d’une sélection des communications présentées en mai 2017 à propos des objets destinés à être offerts, directement ou indirectement, par une cour européenne à l’empereur de Chine et réciproquement. Les présents diplomatiques abordés ici – tenture chinoise, porcelaine de Sèvres, émaux vénitiens mais aussi mousquet à silex offert à Qianlong en 1793 – sont l’occasion, en fin de compte, d’envisager toutes les circulations qui y sont associées, à différentes échelles. Dans le contexte des échanges « officiels », les présents soigneusement choisis étaient des faire-valoir, porteurs de significations politiques, au-delà de leurs caractéristiques formelles leur conférant un simple pouvoir de séduction. Agissant ainsi comme objets de pouvoir et de courtoisie, leur nature est ambivalente : leurs caractéristiques intrinsèques (esthétique, économique et technique) devaient refléter aussi bien l’identité de celui qui les offrait que celle de celui qui les recevait. Expressions matérielles du pouvoir, du destinateur comme du destinataire, ces objets « exotiques », de prestige, assumaient également d’autres fonctions sociales : témoignages de respect et de confiance, moyens d’être introduit à la cour et d’obtenir des faveurs…

Les présents, en tant que médiateurs, permettent de faire dialoguer entre elles des sources primaires, en particulier les archives issues de traditions textuelles et de contextes sociaux différents, qui ne sont pas forcément mises en relation jusqu’à présent. L’objectif du numéro et, au-delà, du programme de recherche dont il est la première publication, est ainsi de construire une histoire des échanges, si ce n’est à « parts égales 47 », du moins à « plusieurs voix », afin d’envisager à travers elle une réalité sociale complexe, multiple. Les présents diplomatiques permettent d’aborder les circulations en redoublant, autant que faire se peut, les perspectives sur ces objets : éclairages interdisciplinaires confrontant les visions de chercheurs en histoire, en histoire de l’art, en anthropologie ou en archéologie ; points de vue variés des acteurs impliqués, aux deux bouts de la chaine diplomatique, afin de tenter de confronter le regard chinois sur les présents européens, et la vision européenne des présents chinois, voire d’offrir les deux regards sur un même objet à partir de la lecture d’archives issues des deux espaces. Ainsi, là où Emily Byrne Curtis et Eugenio Menegon exploitent les ressources des archives romaines, et notamment celles des jésuites (Archivum Romanum Societatis Iesu, ARSI), Guo Fuxiang mobilise, lui, le potentiel, encore sous-exploité, des archives du Palais des Qing. De cette réciprocité du regard Chine-Europe naît l’originalité du présent numéro.

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Glossaire

Anzhao guanli 按照慣例

Chaojia 抄家

Chen

Falan 琺藍

Falang 琺瑯

Gong

Gongjin 恭進

Guanxi 關係

Gulangyu 鼓浪嶼

Jingong 進貢

Kangxi 康熙

Kesi 緙絲

Lipin 礼品

Ningbo 寧波

Qianlong 乾隆

Rugong 入貢

Shi

Shijieshi 世界史

Tugong 土貢

Wanli 萬曆

Yanghuo 洋貨

Yigong deshi 以貢得市

Yuanmingyuan 圓明園

Zhongguoshi 中國史

Zhongguo tese 中國特色


1. Pour le détail du programme, voir Zhao 2018 et le site [https://trenamelfc.hypotheses.org].

2. Cet événement fut soutenu conjointement par l’IRP et l’Iris « Études globales ». Nous remercions également le personnel administratif qui a contribué à sa réussite (Mme M. Pénicaud du CRCAO, Mme D.-F. Moreau, Mme D. Pezzoli et M. L. Dahmane de l’EPHE).

3. Zhao Bing, « Nouveaux regards sur les objets européens introduits à la cour des Mandchous aux xviie-xviiie siècles : le cas des objets émaillés » et Isabelle Landry-Deron, « La circulation des objets émaillés entre la France et la Chine d’après les sources missionnaires françaises », communications présentées au colloque « Les présents diplomatiques entre la Chine et l’Europe aux xviie-xviiie siècles » (Paris, 4-5 mai 2017).

4. Ju 1989.

5. Dong 2009. L’engouement pour les objets européens au sein de la famille impériale mandchoue (au-delà des seuls empereurs, qui ont principalement monopolisé à ce jour l’attention des historiens) se répandit aussi dans la haute aristocratie, dans la capitale et les provinces (Fang 2017).

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7. Diouf (dir.) 1999, Chakravorty (dir.) 1988.

8. Zuniga 2007, Bertrand 2011, Kouamé et al. 2014.

9. Étiemble 1988, Peyrefitte 1989.

10. Voir plusieurs contributions dans Elizalde et Wang (dir.) 2017.

11. Le premier catalogue des objets étrangers de la collection du musée du Palais de Pékin est publié en 2017 à l’ouverture du musée annexe du Gugong à Gulangyu consacré exclusivement aux objets étrangers de ce musée prestigeux (Gugong bowuyuan 2017). Les objets les mieux étudiés sont les horloges (voir Pagani 2001, Jami 2001, Guo 2011, Guo 2013), la verrerie (Curtis 2009) et la tapisserie (Smentek 2016).

12. Chen 2015 : 34.

13. Bielenstein 2008 : 6.

14. Toutefois, le terme lipin (cadeau) était parfois employé, par exemple pour les objets offerts par les jésuites résidant à Pékin à l’occasion du soixantième anniversaire de Kangxi (r. 1661-1722).

15. Nous empruntons le terme de « semi-officiel » à F. Gipouloux (Gipouloux 2009 : 101). Pour le commerce privé contrôlé par les institutions locales sous les Ming, voir l’article de Wan Ming traitant du port de Ningbo (Wan 2007). Pour l’implication des marchands privés sous les Song, voir Liao 1990.

16. Voir le commentaire sur les ambassades hollandaises de 1656 et de 1794 dans Liang 2013 : 202-216.

17. Liang 2013 : 256 ; Guo 2018.

18. Cohen et Westbrook 2000.

19. Roche 1997 : 186 ; voir également Meiss 2016 : 16.

20. Roche 1997 : 16.

21. Leroi-Gourhan 1971 [1943].

22. Pour un « tour d’horizon » de ces approches, voir la première partie de Bonnot 2014 : 13-70.

23. Hennion et Latour 1993 : 21 ; et Latour 1991.

24. Voir par exemple, mentionnant les travaux de Latour, Um et Clark 2016 : 10 et, pour une mise en pratique, Zell 2011.

25. Grasskamp et Juneja (dir.) 2018 : 7 (où apparaît la notion de « migrant objects », et où il est fait référence aux travaux de Bruno Latour également).

26. Nous songeons ici au colloque international « Objets nomades : circulations, appropriations et identités à l’époque moderne » organisé à Paris et Ecouen les 2-4 mars 2017 et dont les actes sont à paraître chez Brepols.

27. Sur la notion d’« objets-frontière », dans un sens anthropologique strict, voir Trompette et Vinck 2009 ; ou repris, interprété de manières variées, par exemple, pour qualifier un objet « labile » capable de « passer d’un monde social à l’autre », voir Guichard 2012 : 151, à propos des coquilles dans les collections d’histoire naturelle ; ou un objet dans lequel « s’invente une congruence […], [un] accord entre le près et le loin », voir Du Crest 2018 : 7, à propos d’aiguières du xviiie siècle réalisées à partir de vases en porcelaine bleu lapis réalisés en Chine, sous Qianlong, et agrémentés d’une monture en bronze doré européenne.

28. Grasskamp et Juneja (dir.) 2018 : 4.

29. Daston 2000 ; Gerritsen et Riello 2016.

30. Thomas 1991 ; Hodder 2012.

31. Finlay 1998 et 2010 ; Gerritsen et McDowall 2012.

32. Odell 2018.

33. Cassidy-Geiger 2007.

34. Kleutghen 2014.

35. Grasskamp et Juneja (dir.) 2018 : 12-25.

36. Smentek 2016 : 106.

37. Voir notamment Biedermann, Gerritsen et Riello (dir.) 2018.

38. Nous reprenons ici deux formules. La première est du marchand d’art chinois C. T. Loo (1880-1957) cité, sans indication de source plus précise, dans Lenain 2013 : 108. « Je crois également profondément que les objets d’art n’ont pas de frontière. Ils tournent autour du monde comme des ambassadeurs silencieux, permettant à d’autres personnes de comprendre la grande culture chinoise et d’aimer la Chine ». La seconde expression est d’Anthony Colantuono (Colantuono 2000). Quant à l’expression « ambassadeurs muets », elle est également utilisée en titre de son intervention orale, dans le cadre de l’atelier du Collège de France « Translocations », par Victor Class le 22 mars 2019 : « “Les ambassadeurs muets”. Exils d’objets d’art français aux Amériques, 1939-1947 » [https://www.college-de-france.fr/site/benedicte-savoy/seminar-2019-03-22-13h00.htm].

39. Voir Biedermann, Gerritsen et Riello (dir.) 2018 : 24 ; Riello 2018 : 239.

40. Sur l’exemple, figuré sur une gravure de Jean-Baptiste Nolin de 1686, de cérémonial biaisé par l’ambassadeur français Chaumont obligeant le roi de Siam Phra Narai à se baisser, en dehors de toutes les convenances à respecter à la cour de Siam, et choquant y compris l’abbé de Choisy, voir l’analyse de Meredith Martin (Martin 2015 : 658-659).

41. Brauner 2016 : 420 et 427 pour les exemples évoqués.

42. Il en va ainsi, dans un autre contexte, des échanges entre le shah de Perse et le tsar au xviie siècle (Yurievne Gagarina [dir.] 2009), mais aussi entre la Chine et la Russie (Menshikova 2016) où les textiles offerts – velours, taffetas… iraniens ou soieries chinoises – doivent servir d’« appâts » pour enclencher des échanges commerciaux.

43. Par exemple, Hevia 1995 : 102-108 (“The Gifts and British Manufactures”).

44. Mercure galant, novembre 1686, 2e partie : 319 ; tel que cité dans Castelluccio 2014 : 70.

45. Sur la construction de la diplomatie par des acteurs extra-européens autant qu’européens, voir Osborne et Rubiés 2016.

46. Sur les jésuites français, voir notamment Landry-Deron 2002.

47. Bertrand 2011.

Extrême-Orient, Extrême-Occident
Cahiers de recherches comparatives

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Présentation

Extrême-Orient Extrême-Occident paraît une fois par an.
Revue bilingue : langue de rédaction des articles ; français et anglais.

La revue consacre chaque numéro à un thème ou une question (la divination, le divertissement, le politique, l’art des jardins, l’existence d’une philosophie chinoise, etc.) intéressant l’ensemble des productions culturelles du monde sinisé (Chine, Corée, Japon, Viêt Nam). Les différentes contributions élaborent par convergence des éléments de réponse à partir des horizons et des savoirs les plus divers. L’ensemble est traditionnellement offert, pour clore le volume, à la réflexion d’un « regard extérieur » qui les met en perspective avec des travaux menés sur des questions similaires dans les civilisations d’« Extrême-Occident ».


Annual magazine : 1 number a year
Bilingual magazine: french and english

Each issue of Extrême-Orient Extrême-Occident is devoted to a single theme or a central question dealing with Chinese civilisation and its cultural sphere of influence (China, Korea, Japan, Vietnam). Recent issues focused on divination, garden culture, politics, entertainment and the existence of a Chinese philosophy. Contributors examine a common topic from a wide variety of angles and disciplinary approaches. Each volume concludes with an « exterior viewpoint » which offers a comparative comment on the subjects explored through the lens of Western traditions.

Revue fondée par François Jullien (1982)

Rédacteurs en chef : Matthias Hayek et Pierre-Emmanuel Roux (Université Paris Diderot, Paris 7)

Comité de rédaction : Caroline Bodolec (CNRS-École des Hautes Études en Sciences Sociales) - Pierre Marsone (École Pratique des Hautes Études) - Romain Graziani (École normale supérieure de Lyon et Institut universitaire de France) - Annick Horiuchi (Université Paris Diderot, Paris 7).